Florence Dugué, graphothérapeute au pôle santé de La Font à Mauguio (34), Hérault

Qu’est-ce que la graphothérapie ?

La graphothérapie est une remédiation à la dysgraphie, altération de l’écriture nuisant à sa lisibilité, à son aisance et (ou) à sa rapidité.

L’histoire de la graphothérapie

La graphothérapie est née dans la deuxième moitié du XXème siècle, suite aux travaux du docteur Julian de Ajuriaguerra, neuropsychiatre et psychanalyste (hôpital Sainte-Anne, Paris). Il s’est intéressé au développement de l’enfant, essentiellement sur les désordres psychomoteurs et les troubles de l’écriture, mais aussi à la dyslexie. Les travaux de Robert Olivaux, docteur en psychologie (université de Paris), ont contribué également à la naissance de la graphothérapie.

L’échelle d’Ajuriaguerra reste encore aujourd’hui un outil de référence dans l’évaluation de la dysgraphie. Elle contient trente caractéristiques graphiques liées au stade de développement graphomoteur de l’enfant de 6 à 12 ans environ.

Selon Ajuriaguerra, est dysgraphique, « un enfant chez qui la qualité de l’écriture est déficiente alors qu’aucun déficit neurologique ou intellectuel n’explique cette déficience ».

Si, à l’origine, la graphothérapie a pour champ d’action la dysgraphie, aujourd’hui son utilité est plus large puisqu’au-delà des problèmes d’écriture, elle peut apporter des solutions aux troubles affectifs ou du comportement.

À qui s’adresse la graphothérapie ?

Les séances de rééducation s’adressent à toute personne, enfant, adolescent ou adulte,
ayant un trouble de l’écriture, à savoir :

  • écriture peu lisible

  • écriture s’accompagnant de douleurs dans la main, le bras, à l’épaule…

  • écriture très lente…

  • malaise psychologique : la personne ne se reconnait pas dans son écriture qu’elle n’aime pas.

Illustration : collectif Communic’Actif des psychomotriciens

Il peut s’agir, ou pas, de personnes relevant des profils suivants (même si le diagnostic n’est pas encore posé) :

  • troubles des apprentissages (dyslexie, dysorthographie, dyspraxie, dysgraphie, troubles de l’attention, etc.),
  • personnes à haut potentiel intellectuel,
  • personnes hyperémotives ayant du mal à gérer les émotions, positives comme négatives,
  • personnes avec un handicap acquis suite à un accident, un AVC … nécessitant une rééducation de l’écriture.

Quelle que soit la situation, la rééducation mise en place sera personnalisée et tiendra compte des spécificités de chacun.

Par ailleurs, il est important de noter que la rééducation n’influence pas la personnalisation de l’écriture, elle se contente de restaurer le modèle calligraphique.

La rééducation

Après un bilan réalisé au cabinet, des séances de rééducation de 45 minutes sont mises en place chaque semaine puis de manière plus espacée.

La durée de la rééducation dépend surtout de la motivation de la personne et du degré de dysgraphie. Cela peut aller de quelques semaines à une année scolaire.

 

 Le bilan graphomoteur

 

Pendant environ 1h30, je vais tout d’abord échanger (avec les parents pour les patients enfants) sur l’historique des difficultés de la personne, son quotidien etc pour me permettre d’en réaliser une synthèse : l’anamnèse . Des traces écrites en classe sont souhaitées.Ensuite, sans les parents, différents exercices seront effectués :

  • Test de lecture,
  • Test de vitesse de l’écriture,
  • Dessin du bonhomme,
  • Écriture d’un texte (type Lettre à l’ami),
  • Test des réflexes archaïques d’agrippement, de traction, de Babkin et du réflexe tonique asymétrique du cou (RTAC). Ces réflexes, s’ils ne sont pas bien intégrés, présentent une gêne pour l’écriture, la lecture et la concentration.
  • Test de latéralité si besoin.

À l’issue de ce rendez-vous je pourrai réaliser un bilan et calculer l’âge graphomoteur

  • à l’aide des observations que j’aurai faites directement pendant la passation des exercices (tenue et lever du stylo, formation des lettres, pression exercée sur la feuille etc) ;
  • en analysant plus en détails l’écriture pour établir les grilles d’items EF (formes) et EM (difficultés motrices) de Julian de Ajuriaguerra et l’échelle de dysgraphie. Les grilles EF et EM ne concernent pas les adultes.

Le bilan écrit final est restitué à l’écrit par mail puis oralement lors d’un rendez-vous téléphonique. Les consignes pratiques à mettre en place au cabinet, en classe et à la maison sont données lors de la première séance. La réussite d’une rééducation dépend énormément de la motivation de l’enfant, adolescent ou adulte.

En cas de non intégration des réflexes archaïques testés, la rééducation, après une première séance en cabinet, commencera par des exercices de manipulations manuelles empruntés à la méthode IMP (Intégration Motrice Primordiale) à faire quotidiennement à la maison pendant 5 semaines environ.

Bien entendu, un bilan peut ne pas déboucher sur des séances de graphothérapie. Selon le résultat, je pourrai être amenée à vous orienter plutôt (ou en parallèle) chez un autre professionnel de santé, à savoir orthophoniste, orthoptiste, neuropsychologue, neuropédiatre, psychomotricien etc.

Lors d’une séance

Une séance comprend systématiquement un temps d’écriture mais, selon les difficultés rencontrées, on ajoutera en parallèle des exercices de détente et relaxation et des exercices de motricité.

Chaque rééducation est personnalisée et prend en compte les spécificités de chacun : troubles DYS, TDAH, HPI etc